Une époque difficile
Nous vivons une époque difficile, c’est le moins qu’on puisse dire. Le discours triomphant du président des États-Unis fait de l’ombre au Canada, grand pays humilié susceptible d’être phagocyté par son voisin. Un peu comme la Russie qui s’en prend à l’Ukraine, voilà que les États-Unis menacent le Canada. La plupart des gens qui m’entourent prétendent que ça n’arrivera jamais. Mais si les États-Unis décident de s’en prendre militairement au Canada, je ne vois pas bien ce qui pourrait les en empêcher. Non, personne n’est à l’abri d’un voisin belliqueux. Depuis le début de l’année, les États-Unis se comportent comme le gars costaud qui terrorise les élèves dans une cour d’école. Même s’il est à trois quarts débile, il applique la loi du plus fort, une loi difficile à annihiler quand on est petit et malingre, quoique intelligent. Il convient alors d’utiliser son intelligence pour se mesurer à lui et espérer gagner le combat. Mais n’est pas David qui veut et on ne sait pas vraiment qui détient la fronde en cette période politiquement instable. Par ailleurs, n’oublions pas que le gars devant nous, en plus d’être costaud, a les poches remplies de pognon, de sorte qu’il peut embaucher des gars intelligents, souvent des étrangers par ailleurs, pour atténuer la portée de notre attaque. Bref, on n’est pas sorti de l’auberge.
Je suis là à me pencher sur des questions de géopolitique alors que je ne suis qu’un citoyen lambda, sans compétences particulières pour exprimer un avis cohérent. Et je ne suis pas de la première jeunesse non plus… En revanche, je sais au plus profond de moi que je n’aime pas la guerre et que je déteste ceux et celles qui en font la promotion, mettant de l’avant des arguments non vérifiés pour lancer la course aux armements. Sans être diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, je ne vois pas très bien comment la Russie menace directement la France. Tout part de l’Ukraine, je sais bien. Mais ce pays, s’il en est, se situe dans le giron de la Russie depuis la nuit des temps. Plus de 40 % de sa population est russophone, et près de 80 % pour la Crimée, un territoire que l’Ukraine revendique comme sien. Cela dit, je ne dis pas que les Russes ne sont pas fautifs, ni que l’Ukraine a eu tort de se défendre. Non, ce que je questionne, c’est le rôle de l’Occident là-dedans. Au nom de la démocratie, les pays occidentaux n’ont jamais hésité à déstabiliser des territoires entiers (Irak, Libye, etc.). Alors, pourquoi pas s’en prendre à la Russie en appuyant l’Ukraine ? À défaut de la Chine…
Je ne comprends pas tout, bien entendu, et peut-être que ma naïveté me fait commettre des erreurs d’analyse, de jugement. Ça, je peux l’admettre sans problème. En revanche, j’ai l’intime conviction que, dans ce conflit, les pays occidentaux, en aucun moment, n'ont envisagé de forcer les belligérants à s’asseoir à une table pour discuter de paix. Ils ne l’ont pas fait parce qu'au fond ça les arrange bien, cette guerre, même si les pertes en vie humaine, de part et d’autre, s’avèrent considérables.
Même si on ne cesse de me dire que je suis du bon côté du monde, je n’ai aucune confiance envers les gouvernements des pays occidentaux, y compris le mien, celui du Canada dont le Premier ministre, après son élection en 2015, a publiquement proclamé qu’il était du devoir du Canada d’aller porter les valeurs de la démocratie partout dans le monde. C’était un beau discours, reconnaissons-le. Mais jusqu’où l’Occident est-il prêt à aller pour défendre les valeurs de la démocratie ? Il n’a pas hésité à détruire l’Irak, à déstabiliser la Libye, à pousser l’Ukraine à la guerre. L’Occident voudrait bien porter la démocratie parlementaire en Chine aussi, histoire de semer le bordel dans ce pays, jusqu’à le ruiner, ce même Occident qui a pourtant bien profité de lui pendant des décennies en faisant fabriquer toutes sortes de biens à bon marché dans des usines de plus en plus performantes. Je crois qu’ils appelaient ça la délocalisation et la mondialisation. Vous vous en souvenez ?
Pendant que je me penche sur ces questions, moi un citoyen des plus ordinaires, des jeunes hommes meurent chaque jour au front. Ah oui, car malgré cette valeur fondamentale de l’égalité entre les hommes et les femmes, ce sont seulement les hommes qui sont conscrits. Là aussi, il y a du chemin à faire, on dirait. Certaines valeurs, chèrement défendues par l’Occident, passent plus mal que d’autres. Bref, on s’indigne toujours quand ça nous arrange, tout comme il est plus facile d’être antifasciste dans un pays où règne la démocratie parlementaire.
Dans un billet récent paru sur Substrack, le Père Duchesne recommandait la pratique de l’ornithologie pour apaiser l’anxiété de ceux et celles qui sont perturbés par la marche actuelle du monde géopolitique. Je suis perturbé moi aussi, même si je suis loin du front de la frontière russo-ukrainienne. La menace de l’annexion du Canada par les États-Unis, même si tout le monde sait que ça ne se fera pas, peut en inquiéter plus d’un, notamment ceux et celles qui ont pris l’habitude d’aller passer l’hiver en Floride. Bref, inutile d'en rajouter, le fait est que nous vivons une époque difficile, y compris pour les planqués d’ici. Pendant que le monde s’arme, pendant qu’on se bat en Ukraine, pendant qu’on s’assassine au Proche-Orient, il faut néanmoins vivre pour soi et pour nos proches. L’observation des oiseaux n’est pas pour tout le monde. À mon avis, les puzzles font tout aussi bien l’affaire, tant qu’on réussit à faire le vide en soi de temps en temps.