Pastorale
Aujourd'hui, j'écoutais Luc Ferrandez à la radio, dans une émission qu'il coanime avec Nathalie Normandeau, une ancienne ministre qui a occupé un poste important dans le gouvernement libéral de Philippe Couillard il y a une douzaine d'années. Après sa disgrâce (elle a été inquiétée dans les suites de la Commission Charbonneau), elle est devenue animatrice et, ma foi, elle est plutôt sympathique dans ce rôle. Certes, on sent la libérale en elle… mais ses analyses s'équilibrent bien avec celles de Luc Ferrandez qui, décidément, s'avère aussi très bon dans ce métier d'animateur radiophonique. Avant, j'écoutais toujours les chaînes de Radio-Canada, mais depuis quelque temps, j'ai commencé à écouter Cogeco Média qui, en dépit des publicités qui polluent parfois ses ondes, offre un discours moins politiquement correct, plus nuancé, je dirais, et parfois imprévisible, alors que je sais déjà, avant même qu'ils n'ouvrent la bouche, ce que vont dire les animateurs de Radio-Canada. Et de ça, je commence à en avoir marre, surtout quand ils abordent les informations internationales.
Toujours est-il que, dans une émission de radio sur Cogeco Média, Luc Ferrandez a avoué publiquement qu'il ressentait une certaine nostalgie de la pastorale à l'école secondaire… Ce qu'il a dit, je ne crois pas qu'un animateur à Radio-Canada aurait pu le dire sans se faire taper sur les doigts. Toutefois, pour nuancer ses propos, il a ajouté qu'il souhaiterait le retour d'une pastorale à l'école, mais une pastorale laïque et multiconfessionnelle. Sa co-animatrice n'a pas semblé comprendre ce qu'il voulait dire… car elle a rappelé qu'il y avait maintenant des cours d'éducation religieuse qui faisait très bien l'affaire. Or, un animateur de pastorale n'est pas un enseignant. À l'époque, il s'agissait souvent d'un prêtre ou d'un diacre recommandé par l'Église catholique à la commission scolaire. En fait, la pastorale constituait avant tout un lieu agréable, calme et reposant, où les étudiants pouvaient venir discuter entre deux cours. Il n'y avait aucune obligation de fréquenter ce lieu ou de participer à ses activités. L'animateur de pastorale organisait parfait des retraites qui prenaient souvent la forme d'un camp de neige ou de rencontres spirituelles autour d'une thématique, souvent centrée sur le développement de soi et de la relation aux autres. Étonnamment, on abordait très peu les questions religieuses dictées par l'Église catholique. Bref, la pastorale n'est pas un cours, mais un espace dans lequel se trouve un animateur. Point à l aligne.
En ce qui me concerne, je garde un très bon souvenir de la pastorale à l'école secondaire Roussin, une ancienne école privée passée au public au début des années 1970. L'animateur de pastorale était un prêtre catholique du nom d'André Sansfaçon. Il avait organisé un lieu d'un calme olympien : une salle assez vaste, un tapis, des coussins par terre, de la musique douce en permanence. En entrant, il y avait son bureau sur la droite. La salle était accessible en tout temps, du moins pendant les heures d'ouverture de l'école, de même que l'animateur quand on ressentait le besoin de lui parler en toute confidentialité. Personnellement, je n'ai jamais recouru à son service d'écoute, mais j'ai souvent fréquenté ce lieu. Parfois, dans les activités, j'y jouais de la guitare pour accompagner des garçons ou de filles qui récitaient des poèmes ou d'autres textes.
Un hiver, je m'en souviens, j'avais participé à un camp de neige, quelque part en Montérégie, du côté d'Hemmingford, je crois. Je devais avoir quinze ou seize ans. Je me souviens que nous discutions en sous-groupe de la distinction entre "vie" et "existence", une distinction assez subjective, j'en conviens. Mais cette discussion avait le mérite de nous recentrer sur l'essentiel, sur ce que nous voulions faire de notre vie, et non sur la performance scolaire, l'unique sujet de préoccupation des écoles aujourd'hui. Car la pastorale n'était pas un lieu de performance, mais un espace de créativité, de réflexion, de repos. C'est en ce sens que Luc Ferrandez regrettait la pastorale de son temps, tout comme je regrette celle du collège Roussin et son animateur, l'abbé Sansfaçon. D'ailleurs, en le cherchant sur le Web, j'ai trouvé un site qu'il a construit avec des bénévoles : Homélie. Finalement, il n'a pas vraiment pris sa retraite malgré son âge avancé…
Les services de pastorales ont disparu de nos écoles, comme tout ce qui permet aux jeunes d'effectuer ce juste retour sur soi, cédant la place à la course aux résultats, au classement des écoles, à la réussite à tout prix. Comme la pastorale, je regrette la prière du soir… mais il s'agit là d'un tout autre sujet que j'aborderai une autre fois.